Manifeste
d’Ottawa Nous, les membres de la table ronde sur la pauvreté et l’itinérance de l’Association évangélique du Canada, ainsi que d’autres signataires, représentons plusieurs Canadiens de foi chrétienne qui croient que l’empressement envers les personnes pauvres et vulnérables de tout âge est un principe fondamental de notre foi, un synonyme de bon gouvernement et un devoir pour tout citoyen responsable et compatissant. Nous avons déjà engagé des ressources personnelles et organisationnelles importantes dans ce but. Nous avons été témoins de la montée de l’itinérance comme d’une crise qui prend des proportions énormes, et dont la complexité est sociétale, systémique et individuelle. Le temps est venu d’ajouter à l’action matérielle une voix publique claire, créative et stimulante.
Nous croyons que Jésus-Christ était et est le Fils unique de Dieu et qu’Il a vécu, est mort et est ressuscité pour notre salut. Nous croyons que la Bible est entièrement inspirée de Dieu et qu’Il fait entendre clairement sa voix dans toute la Bible. Nous sommes aussi convaincus que l’enseignement et l’exemple de Jésus, de concert avec le témoignage répété de la Bible, révèlent que Dieu accorde une valeur particulière à ceux qui sont pauvres et rejetés, puisqu’ils ont été créés à son image et qu’en conséquence, ils sont fondamentalement précieux pour Lui. Nous sommes convaincus de la dignité et de la valeur fondamentale de chaque être humain, sans distinction.
Nous avons tous besoin d’un foyer, pas seulement d’une maison.
Un foyer, c’est plus que seulement quatre murs et un toit. C’est toute une situation de vie qui signifie se sentir le bienvenu dans un lieu sûr, sécuritaire et empreint de dignité, où il fait bon vivre; des relations saines et enrichissantes; la possibilité de s’instruire, de faire un travail sérieux pour un salaire raisonnable; d’adorer, de rêver et de jouer dans une communauté vibrante. Les initiatives de logement doivent tenir compte de ces valeurs et viser à créer beaucoup plus que des espaces « abordables ».
Nous sommes plus semblables que différents.
Des circonstances de la vie considérablement différentes peuvent donner l’illusion que nous sommes, par nature, des êtres différents, surtout lorsque ces différences externes nous effraient ou nous repoussent – comme l’itinérance. Ces différences que nous percevons nous permettent de prendre encore plus de distance, jusqu’à ce que nous puissions justifier notre manque d’engagement envers les sans-abri. Pourtant, plus nous sommes près des gens, même de ceux dont les expériences, les circonstances et les inclinations nous semblent tout à fait étrangères, plus nous découvrons à quel point nous sommes semblables. Les sans-abri ont les mêmes besoins et les mêmes attentes que nous.
La compassion réclame l’action.
La compassion est plus qu’une émotion. Lorsque nous nous soucions vraiment des gens, nous sommes motivés à agir. En conséquence, nous devons nous appliquer à comprendre pourquoi les gens deviennent des sans-abri ou sont prisonniers de la pauvreté, nous engager dans un plaidoyer social et politique, prendre la décision d’apprendre à connaître les gens qui vivent en dehors de notre « zone de confort » et chercher à partager notre temps, nos habiletés et nos ressources matérielles. Toutes ces énergies sont dirigées pour opérer un changement matériel – comme des foyers dignes de ce nom, du travail sérieux, ou l’accès aux soins de santé ou à l’instruction – dans la vie des gens pour lesquels nous avons de la compassion.
La grâce et la miséricorde sont pour nous tous.
Choisir d’aider seulement ceux qui « méritent » d’être aidés et laisser derrière ceux qui ont des comportements que nous désapprouvons, est préjudiciable et non biblique. Par définition, la grâce et la miséricorde de Dieu, dont nous dépendons tous, ne sont que pour les personnes qui ne les méritent pas et qui sont coupables. Sachant que par nature ils ne méritent rien, les chrétiens devraient être capables de s’identifier à ceux qui semblent être sans abri ou pauvres à cause de leurs propres comportements. « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » Romains 5.8
Ignorer la pauvreté appauvrit tout le monde.
Abandonner les gens à la pauvreté augmente les problèmes de santé et le nombre de personnes qui dépendent du bien-être social et parfois, cela peut même pousser les gens au crime – tous ces problèmes représentent des fardeaux importants pour les gouvernements et, en conséquence, pour les payeurs de taxes. Le retranchement générationnel de la pauvreté diminue l’espoir (la capacité de rêver) et le sens de valeur personnelle chez l’individu. Lorsqu’ils naissent dans la pauvreté, les enfants (le potentiel de notre nation qui n’a pas encore été atteint) commencent leur vie loin derrière les autres, à un point tel qu’ils ne pourront peut-être jamais les rattraper. Toute la société s’enrichit lorsque les dons créatifs des pauvres sont supportés par des systèmes sociaux et gouvernementaux qui affirment la valeur de ce qu’ils ont à offrir. Lorsque les gens sont exclus à cause de leur pauvreté, la pauvreté elle-même fait « boule de neige », augmentant le fardeau sociétal et diminuant la capacité sociétale. L’itinérance au Canada est une manifestation claire et concrète de cette vérité.
La justice et la miséricorde déterminent un bon gouvernement.
Si nous croyons ces paroles du Premier Ministre Paul Martin : « Nous devons mesurer notre progrès en fonction des standards de soins et de soutien aux moins privilégiés d’entre nous », nous nous attendons à ce qu’un bon gouvernement formule une politique qui a pour but, non seulement d’amener les moins bien nantis sur un pied d’égalité, mais d’offrir une « seconde chance » aux gens qui ont échoué ou qui ont mal agi. Nous croyons que la justice devrait d’abord avoir pour but la restauration plutôt que la punition. Nous reconnaissons que les politiques et les budgets sociaux représentent tous deux les déclarations des intentions morales du gouvernement. Nous offrirons tout le soutien que nous pouvons offrir aux initiatives gouvernementales qui sont justes et compatissantes, et nous continuerons d’utiliser tous les moyens dont nous disposons pour faire pression sur tous les paliers de gouvernements, jusqu’à ce que de telles politiques deviennent une priorité. Nous croyons que l’itinérance sera une priorité pour les décideurs qui se soucient de la justice et de la miséricorde.
La pauvreté doit se trouver au centre.
La Bible enseigne clairement et uniformément, du début à la fin, que l’empressement envers les gens qui sont pauvres, opprimés ou marginalisés est intrinsèque, tant à l’annonce de l’évangile du salut personnel, qu’au but du gouvernement. Pendant toute l’histoire occidentale, lorsque les gouvernements et l’Église ont mis le soin de ces personnes au centre de leurs programmes, tous deux ont prospéré. Pendant environ 150 ans, la politique générale et les tendances religieuses du monde occidental avaient pour but de réduire la pauvreté – avec un taux de réussite important. Au cours des dernières années, cependant, ces tendances positives ont diminué pour marginaliser davantage les gens qui sont pauvres, parfois même jusqu’au point de criminaliser certains aspects de la pauvreté. Nous croyons que si cette tendance se maintient, ce sera désastreux pour notre pays et nos églises. L’Église au Canada a la responsabilité d’offrir un leadership moral en ayant comme priorité dans ses budgets et ses activités, le soin des personnes qui sont pauvres, particulièrement des sans-abri.
La responsabilité du gouvernement n’excuse pas l’apathie
de l’Église.
Alors que plusieurs paliers de gouvernements sont clairement responsables de s’occuper de ces problèmes, l’Église ne doit pas succomber à la dichotomie théologique selon laquelle les responsabilités de l’Église se limitent à l’aspect spirituel, alors que celles du gouvernement ne concernent que l’aspect physique. En tant que communauté chrétienne, nous avons des capacités différentes de celles des gouvernements ou des organismes de services sociaux. Nous devons être prêts à offrir un leadership créatif dans certaines circonstances, ainsi qu’un partenariat ou un humble esprit de serviteur dans d’autres, afin de créer des options réalistes, durables et empreintes de dignité pour les sans-abri.
Les groupes chrétiens font de bons partenaires pour les initiatives gouvernementales.
Pendant plusieurs années, les groupes chrétiens ont été les plus grands fournisseurs de services aux pauvres et aux sans-abri en Amérique du Nord. En effet, plusieurs services sociaux maintenant subventionnés et dirigés par l’état ont commencé ainsi. Puisque la pratique et l’enseignement chrétiens encouragent le développement de communautés fonctionnelles, un niveau élevé de participation bénévole, ainsi que le don d’argent et d’autres ressources, nous pouvons souvent accomplir davantage avec moins, ajoutant de la valeur et offrant une richesse d’expérience et de contexte communautaire sain aux ressources gouvernementales. Des communautés chrétiennes existantes offrent un contexte holistique pour le développement et la mise en place de services et de programmes que le gouvernement n’est pas en mesure de créer par lui-même. Nous encourageons les groupes chrétiens à soutenir et à s’associer, autant que possible, aux initiatives gouvernementales qui ont pour but une réduction importante de l’itinérance, de la pauvreté et de leurs causes premières.
En conséquence, à nos frères et sœurs qui luttent avec la pauvreté et l’itinérance, nous nous engageons à…
Apprendre tout ce que nous pouvons apprendre sur les déficits systémiques, sociologiques, économiques, culturels et spirituels qui les ont laissés dans cet état. Nous allons les écouter attentivement, puisqu’ils sont nos plus grands professeurs. Nous chercherons à acquérir la connaissance que d’autres ont acquise et nous enseignerons ce que nous avons appris nous-mêmes à ceux qui veulent prendre soin plus efficacement des gens qui sont pauvres ou sans abri;
Agir avec diligence et intégrité pour développer avec eux des relations saines et enrichissantes, ainsi que des foyers sûrs, sécuritaires et empreints de dignité;
Parler en leur nom lorsque leur propre voix n’est pas entendue, et les soutenir lorsqu’ils parlent pour eux-mêmes, afin que les églises, les gouvernements, les entreprises et les médias canadiens considèrent comme l’une de leurs premières priorités, une importante réduction de l’itinérance, de la pauvreté et de leurs causes premières;
Collaborer avec ceux qui se sont engagés dans ces objectifs de base, tout en respectant les différentes approches et philosophies.
Devant Dieu, nous prenons ces engagements là où nous travaillons et où nous servons, dans notre communauté chrétienne et dans notre vie personnelle.